LE MOT DU COMITE
OCTOBRE 2026
Lors de la réunion du 17avril 2026, il a été décidé que chaque mois, le "Mot du Comité" serait rédigé par un de ses membres, sur un sujet de son choix, pour exprimer une passion, un engagement, présenter un livre, un film,etc...
Ce mois-ci, c'est Michel Birot, membre du Comité qui expose son approche de la Grande Histoire à travers son histoire personnelle et familiale, qui l'a amené à rejoindre le Comité de Côte-d'Or.
Lorsque Franck MOISY et Joëlle CORNU m'ont proposé de rédiger un texte de mon choix, j'ai accepté à la condition de le présenter sur le mois d'octobre.
Ce choix peut paraître curieux, mais octobre me ramène à certains de mes souvenirs d'enfance car si Dijon célèbre le 11 septembre sa libération par la 1ère Armée Française commandée par le Général de Lattre, Baccarat en Meurthe et Moselle célèbre le 31 octobre sa libération par la 2ème DB du Général Leclerc.
Natif d'Epinal, ville de garnison où mon père était stationné au 18ème régiment de Transmissions, je l'avais suivi à Baccarat, avec sa cantine militaire, où il avait rejoint l'escadron 4/6 de Gendarmerie Mobile après son changement d'arme. J'ai vécu dans cette ville jusqu’à mon adolescence.
Effectivement, chaque année était célébrée la libération de la cité du Cristal. Pour rappel, ce fait d'armes marquant de la Seconde Guerre mondiale est entré dans l'histoire sous le nom de "Menuet de Baccarat".
Leclerc est un fin stratège et l'a déjà démontré notamment à Koufra en Libye et à Ecouché dans l'Orne. Pour la prise de Baccarat, il monte minutieusement son affaire : la surprise est totale et la destruction du saillant allemand tenu par la 21ème Panzerdivision du général Manteuffel immédiate et complète. Le plan de Leclerc consiste à déborder Baccarat au nord et à déboucher par la forêt de Mondon, tout en simulant une attaque au sud de la Meurthe.
L’attaque est déclenchée le 31 octobre par un tir massif d’artillerie. Un à un, les sous-groupements de la division neutralisent et enlèvent toutes les positions qui commandent la ville. Le sous-groupement Rouvillois, après un large mouvement tournant, pénètre dans Baccarat par le quartier des casernes. Le pont traversant la Meurthe est conquis par une section du régiment de marche du Tchad commandé par le lieutenant Mac Clenahan, avant que les sapeurs allemands ne le fassent sauter.
Le "Menuet de Baccarat" plonge dans l’admiration les observateurs américains présents : "Une de mes plus belles réussites", confiera Leclerc. Pour l’anecdote, le général sablera le champagne à la célèbre cristallerie dans des verres commandés par le maréchal Goering et portant l'écu du grand veneur du Reich.
Ce stratège, digne de Napoléon Bonaparte, montre par la suite toute sa clairvoyance dans la crise indochinoise en 1946 mais n'est pas suivi par les politiques.
Un autre personnage historique occupe aussi mon panthéon personnel, il s'agit du Général de Gaulle. J'avais une dizaine d'années lorsque j'ai été invité dans la cuisine de la Boisserie à Colombey les deux Eglises avec mes frères pour un goûter, profitant d'une visite familiale. Mon père, en stationnement avec son escadron de gendarmes mobiles dans les baraques "Fillod" situées à proximité de la propriété du Général, avait sympathisé avec Louise, gouvernante du domaine à l'époque. Je n'étais que dans la cuisine, mais, pour moi, être dans l'intimité du libérateur de la France m'a laissé un grand souvenir.
Je ne le voyais à l'époque que sur la seule chaîne en noir et blanc lors de ses allocutions ou conférences de presse.
Lorsque j'ai visité avec ma fille cadette la Boisserie, ouverte au public, j'ai étonné la guide lorsque je lui ai fait remarquer que la couleur du couloir, d’où elle venait de sortir, était toujours la même.
Etant enfant, j'ai lu le livre du général Giraud "Mes évasions" comme un livre d'aventures, comme je l'avais dit à Mme Marie France Marquet, une de ses petites filles, rencontrée lors d'une remise du prix d'histoire organisé par le Comité de Côte-d'Or de la Fondation.
Ce n'est que plus tard que j'ai lu son action durant la Seconde Guerre mondiale et sa rivalité
politique avec Charles de Gaulle.
Grâce au Comité, j'ai pu rencontrer le vice-amiral Hervé Giraud, un de ses petits-fils.
Jean Moulin est un autre personnage de l'Histoire digne d'admiration. Je l'avais "rencontré" lorsque j'habitais Chartres, en visitant le Mémorial Jean Moulin.
En 1940, alors préfet de Chartres, il refuse d'abandonner son poste malgré l'ordre ministériel. Il préfère s'efforcer, à l'aide de quelques rares volontaires, à faire face à toutes les situations causées par la situation (ravitaillement, soins aux blessés, lutte contre les pillages...).
Il tente de se suicider en se tranchant la gorge plutôt que de signer un faux document, dicté par les occupants allemands et accusant les troupes de tirailleurs sénégalais d'atrocités envers les populations civiles.
On connaît la suite de son engagement dans la Résistance française et sa mort tragique après son arrestation à Lyon, dans un train le conduisant vers les camps de la mort, après d'horribles tortures infligées par ses bourreaux nazis pour tenter le faire le faire parler.
Enfin, j’évoquerai le souvenir du Maréchal Jean de Lattre de Tassigny et de son fils Bernard.
Pour moi, plus jeune, le Maréchal était surtout le général qui avait redonné confiance au corps expéditionnaire français en Indochine, mes parents étant tous les deux militaires en poste à Saïgon (Ho Chi Min Ville aujourd'hui) de 1949 à 1952.
Pendant très longtemps, mes parents ont conservé une trousse de toilette offerte par Mme de Lattre, chargée de l'action sociale auprès des militaires.
L'année 1951 est appelée « l'année de Lattre », car il est nommé haut-commissaire et commandant en chef en Indochine en décembre 1950 et il arrive sur place pour contrer les revers subis face au Việt Minh (comme la cuisante défaite de Cao Bằng).
La mort au combat de son fils unique Bernard, le 30 mai 1951, près de Ninh Binh (Tonkin), a provoqué chez lui une profonde tristesse. En évoquant leur séjour indochinois, mes parents m'avaient dit à propos de Lattre que cet abattement était également l'une des causes ayant accéléré son décès.
Le maréchal décède des suites d'une opération chirurgicale alors qu'il était déjà affaibli par un surmenage dû à sa carrière militaire et une ancienne blessure reçue en 1914.
Les derniers films sur de Gaulle sortis cette année ont fait remonter quelques uns de mes souvenirs.
Mon engagement auprès du Comité de Côte-d'Or me permet de réaliser deux des missions essentielles de la Fondation, à savoir la transmission de la mémoire et l'éducation à la citoyenneté.
Michel BIROT